Lettre ouverte aux négationistes
> > C’est à Rogilit près de Jérusalem, que se trouve le monument édifié par les Filles et Fils de Déportés Juifs de France, grâce à Serge Klarsfeld, et comportant les 80.000 noms des Déportés Juifs de France, et autour du monument, 80.000 arbres achetés par les Filles et Fils.
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> > Ce jour là, et comme chaque année, Robert SHAPIRA, lui-même fils de déporté, d’une voix déchirée par les sanglots, impossible à réprimer, nous a lu ce texte. qu’il a écrit, comme il le fait tous les ans pour YOM HASHOAH, et chaque année il est extraordinairement bouleversant.
> > Toute l’assemblée a pleuré avec lui. Je vous le fais partager :
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> >POURQUOI> > Il n’a jamais été facile d’être né juif
> > On ne peut pas comprendre ce qu’être juif si on oublie Auschwitz et la Shoah.
> > Il y a huit jours, nous célébrions avec nos enfants et petits enfants les fêtes de Pessah.
> > Nous leur racontions la misère des juifs sous pharaon, mais surtout la miraculeuse sortie d’Egypte.Et moi,
> > Moi depuis 60 ans, je me pose cette éternelle question…
> > Cette question sans réponse
> > Pourquoi, oui pourquoi la mer rouge ne s’est pas ouverte pour mon Papa et les 6 millions
> > Pourquoi être le peuple élu et si souvent en ballotage
> > Pourquoi ont-ils assassiné 1 million et demi d’Enfants dont leur seule faute était que leurs parents avaient choisis de leur transmettre leur judaïsme.
> > Pourquoi cette indifférence du monde ?
> > Pourquoi n’ont-ils pas bombardé ces rails qui transportent ouvertement ce bétail humain à l’abattoir.
> > Ont-ils cédé aux démons de l’antisémitisme, à l’indifférence ou à l’aveuglement
> > Et pourquoi
> > Aujourd’hui la question du pourquoi est toujours là
> > Un chef d’état reçu très officiellement à l’ONU proclamant haut et fort qu’il faut effacer ce cancer, l’état Juif, de la carte du moyen orient.
> > Pas l’Etat israélien bien sûr qui lui ne devrait pas exister, mais bien l’état juif, sachant très bien que l’état juif est l’état de tous les juifs.
Qui proteste, qui réagit vraiment ?
> > Aujourd’hui sommes-nous à Munich ou à New York ?
> > Nous sommes aujourd’hui 6 millions de juifs réunis dans un tout petit pays pas plus grand que l’auvergne.
> > 6 millions, chiffre symbolique pour nous, qui peut inspirer de mauvaises idées à de nouveaux Hitler
> > Et pourquoi
> > Ce matin je me suis réveillé en pleurs…
> > Cela fait juste un an, jour pour jour que je n’avais pas versé de larmes
> > Plus étrange encore, impossible de savoir si ce sont des larmes de joies ou de tristesse.
> > L’origine des pleurs, je peux vous l’expliquer D’abord, d’abord
> > Cette sirène, qui hurle 6 millions de fois Papa Maman,
> > Cette sirene qui égraine les noms d’un million et demi d’enfants juifs.
> > Comment ne pas pleurer, comment ne pas crier, comment se taire
> > quand 6 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, les trois quarts des juifs d’Europe ont été mis à mort,
> > Assassinés,
> > Brulés,
> > Asphyxiés,
> > Battus,
> > Torturés,
> > Assassinés par balles
> > Miraculeusement après la Shoah
> > Comme après les croisades, l’inquisition, les pogroms, quelques juifs restent en vie
> > Mais rien ne sera plus pareil…
> > Un monde devenu ancien fut totalement englouti,
> > Un autre monde, 3 ans plus tard va naitre, avec une seule devise
> > Plus jamais ça
> > Des juifs restés vivants, nous le devons à deux miracles
> > Le temps,
> > Le temps a manqué aux assassins, si la guerre avait duré plus longtemps,
> > peu de juifs auraient survécu, mais s’ils avaient gagné la guerre, il n’y aurait plus un seul survivant
> > Le second miracle, on le doit à l’autre France,
> > Celle qui n’a jamais été à Vichy, cette France qui va se retrouver à Londres
> > Ces français qui vont rejoindre les maquis, la résistance, la clandestinité
> > Certains vont oser dire non, ou refuser l’indifférence
> > Au péril de leur vie, de celle de leur famille
Ces justes
> > Athées, religieux, riches ou pauvres, de gauche de droite, abbés, pasteurs, passeurs d’enfants instituteurs, ouvriers paysans,
> > vont aider, cacher des juifs, les mélanger avec leurs propres enfants.
> > Maison d’enfants, couvents, orphelinats, fermes villages, granges, forêts deviennent refuges pour juifs
> > Ces justes parmi les nations
> > Ces sauveurs de l’humanité il ne faudra jamais les oublier
Yom Ha Shoah c’est aussi ce rendez vous avec vous,
> > Ce rendez avec la pierre tombale de nos parents, de nos enfants
> > Leurs noms enfin sortis de ce chiffre incompréhensible des 6 millions > > Roglit
> > Lieu de recueillement pour nous.
> > Seul endroit où l’on puisse allumer une bougie face à un nom
> > Mur de recueillement, mais aussi mur du scandale
> > Mur d’incompréhension
> > Mur de toutes les mémoires
> > Mur du Pourquoi
> > Roglit endroit magique pour moi,
> > Roglit comme tous les ans, à Yom Ha Shoah j’y retrouve mon Papa
> > Cela peut vous paraitre bizarre, ce n’est qu’ici à Roglit que je me demande si mon Papa est mort disparu où encore vivant.
En 1978, Serge Klarsfeld sort son monumental ouvrage,
> > La déportation des juifs de France
> > Ce livre couleur cendre,
> > Le chiffre de 80 000 se transforme en 80 000 identités, noms, prénoms, dates et lieux de naissance de nos papas de nos mamans, de nos frères de nos sœurs > > A partir de ce livre, rien ne sera vraiment plus pareil…
> > Les quelques survivants vont retrouver les noms des disparus qu’ils ont trop peu connus
> > Nous les enfants cachés, enfants des 80 000 noms, nous découvrons les noms des 4 000 enfants raflés le 16 et 17 juillet 1942, les noms de nos copains, ceux de l’orphelinat de la rue Lamarck, des petits malades de l’hôpital Rotchild, des copains de l’école maternelle, du cours complémentaire, du lycée, de l’université et moi
Moi pour la première fois je lis, je découvre,
> > Le nom de mon papa !
> > Quelle émotion pour moi,
> > Sa date de naissance,
> > Son numéro de convoi,
> > Le 51,
> > La date du départ de Drancy,
> > 6 mars 1943,
> > Sa destination,
> > Maidanek
> > Mais surtout cet arrêt incompréhensible, mortel,
> > Sobibor,
> > Où 991 hommes femmes enfants de ce convoi accueillis à coups de matraque,
> > De coups de fouets,
> > D’injures,
> > Mordus par des chiens,
> > Insultés par pire que des chiens
> > Vont être jetés, poussés, calfeutrés, serrés les uns à côtes des autres, les uns sur les autres, enfermés dans une chambre dont nul ne sort vivant.
> > Ils vont devenir savonnettes, abat-jours, où au mieux fumée dans ce ciel maudit de Pologne. > > Serge Klarsfeld,
> > Serge en me faisant découvrir l’histoire du convoi 51, l’assassinat de mon papa, tu pensais faire de moi un orphelin…
> > Aujourd’hui journée de la Shoah, j’ose enfin te l’avouer ce fut le contraire qui se produisit !
> > De voir pour la première fois le nom de mon papa dans ton monumental monument de papier, ce papa tu me l’as rendu à vie
La preuve, aujourd’hui je viens le voir, lui parler, l’écouter…l’étonner
> > Papa, toi et tes 80 000 frères dont 11 400 enfants on vous a obligé à faire un long voyage
> > Sans jamais être séparés, de Pithiviers à Beaune la Rolande, de Nixon à Gurs, de Compiègne à Vittel
> > D’autres venus de Lyon, Marseille bordeaux
> > Et puis
> > Drancy
> > 3 jours, 4 nuits
> > 4 nuits, 3 jours
> > Auschwitz, Birkenau, Treblinka, Sobibor, Maideneck, Belzek
> > A gauche à droite
> > A droite à gauche
> > Et maintenant
> > Depuis ce 18 juin 1981
> > Grâce à la famille Klarsfeld et à son association les fils et filles des déportés juifs de France, qui ont érigé pour vous cette pierre tombale
> > Vous voilà tous enfin réunis
> > Ici à Roglit
> > De Juifs vous voilà enfin israéliens,
> > Enfin vous-même, > > On parle souvent du miracle israélien, laissez moi vous en présenter un,
> > Minime à l’échelle du pays, immense pour moi
> > Vous allez me demander pourquoi le présenter ici à Roglit ?
> > La raison en est simple, et demande compréhension…
> > 5 mètres séparent ces deux petits soldats juifs du mur où se trouve mon papa et ses 80 000 frères
> > 5 mètres et 65 ans les séparent et pourtant, voyez l’étonnement de mon papa
> > Voyez également ces 80 000 visages médusés, surpris qui les observent
> > Cela fait plus de 2 000 ans, qu’ils n’ont pas vu de soldats juifs…
> > Et eux qui croyaient qu’ils n’y avaient plus de juifs vivants sur cette terre
> > Ces deux petits soldats te rappellent quelqu’un papa ?
> > Ah, tu penses à Samuel, je ne l’ai pas connu, ce dernier combattant du ghetto de Varsovie,
> > mort en avril 1943 par manque de munitions, mais mort un fusil à la main
Moi, papa,
> > Ces deux petits soldats,
> > Je leur trouve une grande ressemblance avec mon fils, ton petit fils, celui qui porte ton nom et ton prénom
> > Rappelle-toi, lui déjà en 1984 avait prêté serment à l’état d’Israël, cela se passait le soir à minuit sur l’esplanade du Kotel.
> > Ce soir là, seul au milieu d’environ 1 000 jeunes gens, il portait fièrement sur son uniforme de Tsahal
> > comme pour le protéger, ton châle de prière papa, ton talith que ton grand père t’avait offert pour tes 13 ans,
> > pour ta bar mitsva, que ta grand mère avait cousu de fils d’or,
> > cela se passait à Cracovie en 1913 au coin des rues Herzl et Hatikva > > Voilà la fin du juif errant,
> > Le judaïsme est de nouveau vivant,
> > Ces petits soldats on a même le droit de les trouver un peu trop sûrs d’eux et dominateurs,
> > mais que trouver d’autres pour Plus jamais ça
Aujourd’hui en Israël, pour les miracles, le passé nous a plutôt conseillé de nous mettre à notre compte, nous avons pris certaines choses en main,
> > Ce fut l’Exodus
> > La proclamation d’indépendance de 1948
> > La guerre du même nom
> > Puis 6 autres guerres
> > Sans avoir le droit de les perdre car dans ce cas nous ne saurions plus là.
Pour transmettre certains ont été plus loin que les autres
> > Roglit en est une preuve
> > Mais malgré Primo Levy, Elie Wiesel, Serge Klarsfeld
> > Malgré Shoah, Nuit et Brouillard,
> > Malgré Vatican 2 rétablissant la vérité
> > Malgré la déclaration historique du Président Jacques Chirac
> > Ne jamais oublier comme le dit si bien Brecht
> > Le ventre est encore fécond d’où est sorti la bête immonde. > > Et si Shalom veut vraiment dire paix,
> > Pour vous, pour eux, pour nous, alors un grand Shalom pour tous
> > Shalom
Robert Spira, Roglit, Israël, le 21 avril 2009