Sionisme et orthodoxie :

Publié le par Eli d'Ashdod


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Le choix tranché « orthodoxe ou libéral » n’est pas né par génération spontanée.
Il remonte à la naissance du sionisme quand ce dernier rencontra l’indifférence de la majorité des Chefs de Communautés.
Le sionisme politique engendrera  le Judaïsme libéral et l’orthodoxie se figera dans un repli protecteur.

 Afin de nuancer les propos de certains extrémistes sur le sionisme politique de Herzl souvent dénigré parce qu’éloigné selon eux de l’identité religieuse, je cite à la fin de cet article trois extraits édifiants composés par trois Maîtres illustres, le Rav Alqalay,  le Rav Kalisher et le Rav Kook qui confirmeront que le sionisme de Herzl est plus proche de la Thora qu’il n’y paraît et que  la société israélienne en dépit des apparences est plus familière de l’idéal prophétique que la plus orthodoxe des communautés de Diaspora !

 

 

               J’aimerais éclairer par cette petite réflexion un domaine où, par un conformisme d’une insupportable médiocrité on se refuse à envisager d’autres motifs (que ceux qui se fondent sur une théologie présumée) pour expliquer l’indifférence, voire l’opposition, de la majorité du monde rabbinique  au sionisme  politique initié par Théodore Herzl.

 N’a-t-on pas déjà consommé jusqu’à l’indigestion ces tartes à la crème  du genre : «  Le temps du Retour n’était pas encore décidé ; seul le Messie a le pouvoir de rassembler les exilés » etc...

 

 

  Aussi, allons nous tenter de vérifier si la culture juive habituellement exigeante ne se serait pas fourvoyée en ce domaine en se satisfaisant d’une assurance de pacotille.

Pourquoi, en effet, faudrait-il que le Retour relevât du surnaturel alors que l’Exil fut une  manifestation « naturelle » illustrant la guerre des Juifs contre les Romains ? Pourquoi l’initiative humaine est-elle au premier rang pour provoquer la catastrophe et au dernier pour corriger. L’indigence de la place laissée à l’homme dans ces conditions est étonnante  au nom, précisément de l’enseignement rabbinique habitué à réserver à l’homme un rôle éminent dans le rattrapage de l’erreur.

 

 

D’autres fournissent une autre variété de tartes mais toujours à la même crème douceâtre : «  les rabbins furent toujours sionistes.  Tout au long de l’histoire, nombreux, parmi eux, firent leur alyah, souvent accompagnés de leurs élèves. »

 C’est là une présentation bien partiale car  ces alyoths furent des initiatives individuelles qui ne s’inscrivaient pas dans un renouveau national, débouchant sur la résurrection de la Nation Juive. La conscience politique n’était pas en l’occurrence requise.

 

 

 Les réserves rabbiniques au sionisme politique ne viendraient t-elles pas plutôt de la conviction que,  le sionisme devant aboutir à l’édification d’un Etat, ses dirigeants devraient savoir utiliser les ressources  d’une conscience nouvelle qui saurait les transporter du ghetto au savoir-faire en sciences politiques.

 Or,   les communautés juives au XIXème siècle  étaient loin d’être  préparées à pareille promotion.

Effectivement, cette conscience politique, le monde religieux s’en savait dépourvu, parce que son accomplissement n’était pas sa préoccupation. Prioritairement celle-ci restait la sauvegarde des Mitsvots, la protection  et la transmission d’une identité. Cette méconnaissance fut une faute car gouverner c’est prévoir ». Et, visiblement, le monde rabbinique, mises à part quelques personnalités d’exception n’a pas su prévoir.

 

 

 

Cette conscience nouvelle qui fit défaut c’est la conscience citoyenne  qui supposait la capacité à s’estimer  membre de droit de la Cité. (politique vient de polis signifiant la Cité, la ville, en grec) Nous faisons référence exclusivement aux communautés juives d’Europe, de l’Est notamment et, en aucune façon, aux Juifs émancipés d’Europe occidentale dont les rabbins refusèrent le sionisme pour d’autres raisons.

 Cette conception  aurait aidé donc au développement, à l’affermissement d’une vision historique de la Cité et par là aurait contribué à une perception objective, éloignée du monde étriqué du ghetto  dominé encore  à l’époque par la dimension du merveilleux et du surnaturel.

Le statut des Juifs au XIXème siècle était loin de cette approche citoyenne et, par conséquent, bien éloigné d’une éventuelle apparition dans le paysage culturel  d’une conscience politique ou d’un quelconque sentiment qui lui ressemblât.  

 

 Notons que cette référence à la Providence qui devait parachuter le Messie pour nous permettre de retourner à Sion reste étrange sinon étrangère à la cohérence historique dans la mesure où les Juifs ayant été chassés de leur terre au cours d’un conflit « réel » avec les Romains, il ne relevait pas de la naïveté que d’envisager aussi le Retour par des « voies naturelles » (cf extrait du Rav Alqualay.)  A moins que la lassitude n’ait épuisé l’espoir d’en être capable !

 Se réclamer d’une terre dont on aurait entretenu l’ambition du Retour  par la référence permanente à l’exaltation du renouveau national aurait facilité l’émergence d’une conscience politique et aurait maintenu aux aguets la diaspora tout entière en quête de l’opportunité qui donnera sa chance au Retour.  Mais on oublia de s’y préparer. Probablement parce qu’on n’y croyait plus. Nos chefs d’alors ne mesurèrent pas que parmi les conséquences qui découleront de cette carence pédagogique la division de la société israélienne entre religieux et non religieux sera l’une des plus préjudiciables.

 

 

 

Les préoccupations des Maîtres d’alors tenaient compte d’une implacable lucidité : les Juifs étaient tolérés, seulement tolérés ! Leur statut traduisait une extrême fragilité. Il leur était bien difficile, dans ces conditions, d’imaginer, de développer un sens politique, voire une conscience.

 Même le retour à Sion devenait lointain, si lointain qu’on cessa de croire que sa réalisation interpellait l’homme. On opta pour une histoire où l’homme ne serait plus l’acteur principal. Ainsi fut distillé l’hérésie chrétienne du monde futur et l’on commença à rêver à l’ère  messianique avec de telles connotations surnaturelles qu’on finit par oublier que c’est à l’homme d’abord d’initier le mouvement salvateur.

 

 

 Que s’est-il passé dans le monde rabbinique au moment où Hertzl agissait ? Si le combat de celui qui conçut l’Etat Juif pouvait devenir un levier qui ferait basculer le destin, pourquoi n’a-t-il pas été soutenu ? Qu’on ne dise pas qu’Hertzl n’observait pas les prescriptions religieuses. Ben Gourion ne pratiquait pas davantage et pourtant…Il montra le chemin à des milliers de Juifs pieux.

 

Les rabbins d’alors ont-ils pris conscience que des siècles de marginalisation avaient fait du Juif, un être fort, combatif, ardent, mais exclusivement dans une conception verticale de l’histoire ? Ont-ils été effrayés de l’envisager sous un angle auquel, eux les Maîtres ne l’avaient pas préparé ?  Le  refus du sionisme au motif énoncé plus haut n’est-il pas la manifestation d’une lucidité fulgurante  qui leur fit immédiatement comprendre que diriger, administrer un Etat,  supposait une longue maturation qui restait étrangère à leurs disciples, à leurs fidèles.

 

 

 Somme toute, serait ce au nom de l’amour pour leurs Juifs que les Maîtres furent réticents au renouveau national ?

Cautionner le sionisme n’était-il pas à leurs yeux encourager la confrontation à des nécessités qu’ils savaient insurmontables ? Ils n’ignoraient pas le long parcours qui aurait du être accompli (et dont ils n’avaient pas fait le premier pas) pour savoir ressentir, pressentir toutes les urgences, toutes les compétences  que requiert  la construction  d’un Etat.

 Leur attitude traduit bien plus, me semble t-il les suites de l’absence de préparation aux retrouvailles avec l’Histoire  que la condamnation doctrinale du sionisme.

 

 

 Cette absence de préparation à la conscience politique qui se maintient aujourd’hui encore explique pour une part, l’absence d’évolution de certaines sphères religieuses   en Israël. Et ce n’est pas là jugement, mais constat.

Le monde laïc en Israël a certes une conscience politique souvent hypertrophiée. Mais, du point de vue de la spécificité juive, il n’a pas grand-chose à proposer.  Là aussi, ce n’est pas jugement mais constat. Si nos rabbins, à l’instar des illustres Maîtres qui, tels le Rav Kook, le Rav Kalisher, le Rav Alkalaï qui surent très vite, eux, que la conscience politique devait, toute affaire cessante, devenir une priorité, développaient leurs efforts en ce sens, ils couronneraient le sionisme du mérite de la Tradition dont ils n’auraient jamais du permettre que les meilleurs parmi les meilleurs de leurs fils s’éloignent. Nous aurions alors cette chance messianique d’être les témoins et les acteurs de la Réconciliation Nationale.

 

 

                                                               Arnold Lagémi

 

 

 

Dans RAGLE MEVASSER, Rabbi Yehouda Hay Alqalay  (1798-1878) écrit :

« L’initiative de la délivrance ne peut venir que de la nation juive elle-même. Et ceux qui croient que la mise en branle de la délivrance se fera par le Messie, fils de David, à grand renfort de miracles et de prodiges semblables à ceux de la sortie d’Egypte, ceux là sont dans l’erreur profonde, et leur foi n’est qu’une vaine superstition.

 

 

 

Dans DERICHAT SION, Rav Zvi Hirsch Kalisher (1795-1874) écrit :

Il serait faux et absurde de croire qu’afin de réaliser la délivrance d’Israël, qui constitue l’essentiel de notre espérance, D…descende soudain du Ciel sur la terre et dise à son Peuple : « Quittez l’Exil ! » N’est ce pas que les annonces prophétiques elle mêmes font entrevoir que la délivrance sera longue et que nous ne sortirons pas de l’Exil tout d’un coup, inpinément et à la hâte ? Non, c’est par lentes étapes que se fera la délivrance du peuple juif, c’est pas à pas qu’avancera et germera le salut.

Cher lecteur, je te conjure de secouer ta paresse spirituelle. Ne partage pas l’opinion trop répandue chez les gens simples, qui attendent comme signal d’un ébranlement universel, les sons du grand Shofar messianique. Non et non ! La délivrance se fera d’abord par le réveil des consciences juives, prêtes à s’adonner à la dure tâche du retour en Terre Sainte ; puis par l’agrément que les nations donneront peu à peu à la réalisation de ce retour.

 

 

 

Et enfin, l’explosion de lumière et de grandeur pour ce texte du Rav Abraham Isaac Kook (1865-1935) extrait de  OROT HATEHYA :

La première génération des « rentrants » en Terre Sainte, à l’aube de l’époque messianique aura pour fonction d’adapter l’organisation physique et matérielle de la Cité juive à ses tâches nouvelles ; quant à l’esprit, il n’aura d’autre fonction à ce stade que de conserver scrupuleusement les réserves de la vie intérieure. C’est seulement lorsque les forces physiques de la nation auront retrouvé toute leur vigueur, que se révèleront au grand jour ses réserves spirituelles et sacrées. Alors seulement, dans le cadre d’un Etat Structuré, la Thora et toutes ses lueurs reviendront, elles aussi, à leur éclat d’autrefois ; elles serviront de luminaire à l’univers tout entier.

                

NB/ Ces extraits proviennent de HISTOIRE JUIVE de RENEE NEHER-BERNHEIM

Faits et documents/ De la renaissance à nos jours éditions Klincksieck (publications du centre de recherches et d’études hébraïques de l’Université de Strasbourg)  

 
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Publié dans Torah

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